E-Commerce

Roxane Laigle (Lemrock) : le commerce agentique, l’hyperpersonnalisation et le futur des LLM

Nous avons rencontré Roxane Lemrock, co-fondatrice de Lemrock, une deep tech française qui révolutionne le commerce en ligne en permettant aux marques d’apparaître et de vendre directement dans les IA conversationnelles. Elle nous éclaire sur le concept de commerce agentique, l’importance de l’hyperpersonnalisation et les défis d’un marché en pleine mutation.

Quelques mots sur Lemrock ?

Lemrock est une deep tech française fondée début 2025. Nous avons levé 7 millions en seed auprès d’investisseurs comme Gallion.exe et Daphne, ainsi que de nombreux business angels. Notre ambition est de devenir le standard de l’infrastructure du commerce agentique, en France et à l’international. Nous permettons aux marques de se connecter à ce nouvel écosystème des LLM pour vendre dans des IA conversationnelles comme ChatGPT ou Gemini.

Le commerce agentique : une nouvelle ère pour le e-commerce ?

Le commerce agentique représente le passage du e-commerce traditionnel aux interfaces conversationnelles. L’acte d’achat et l’attention des consommateurs se déplacent vers ces nouvelles plateformes. Contrairement aux recherches par mots-clés, nous passons à une logique d’intention et de contexte. Par exemple, si un utilisateur discute avec ChatGPT de ses vacances au Brésil, l’IA pourra lui recommander des produits pertinents, comme un appareil photo, en fonction de ce contexte. C’est un changement de paradigme complet vers un e-commerce de l’intention, rendu plus naturel et sans couture par les interfaces conversationnelles.

Cette approche résout de nombreux dysfonctionnements du e-commerce traditionnel, notamment les publicités intrusives. Grâce à l’hyperpersonnalisation, la rencontre entre le produit et l’utilisateur final devient utile et pertinente.

Quelles sont vos spécificités en matière de personnalisation ?

Notre technologie détecte, à partir d’une conversation avec une IA, un contexte et une intention d’achat pour proposer le meilleur produit ou service. Nous ne cherchons pas à influencer la réponse des LLM, mais à la compléter en y ajoutant une brique de commerce agentique. Si vous planifiez vos vacances au Brésil et mentionnez le besoin d’un appareil photo, nous comprenons vos préférences et usages pour vous recommander le modèle idéal. Cela transforme le contenu commercial en une ressource utile pour l’utilisateur, la marque et le LLM, qui y trouve une source de monétisation.

Quelle est l’infrastructure technologique ?

Nous utilisons les protocoles du marché, notamment les MCP (Model Context Protocol) et ACP (Agent Context Protocol), qui sont des protocoles open source. De nombreux LLM, comme ChatGPT et Claude, ont ouvert leur inventaire conversationnel au commerce agentique via ces protocoles. Lemrock construit l’environnement et l’infrastructure nécessaires pour se connecter à ces LLM. Par exemple, OpenAI nous appelle via MCP, et nous nous connectons pour le compte d’une marque comme Leroy Merlin. Nous détectons l’intention d’achat et recommandons le produit le plus pertinent.

Les formats de recommandation sont variés : carrousels de produits intégrés à la discussion, ou petites vitrines de marques qui s’ouvrent dans l’IA, permettant aux marques de présenter leurs produits comme sur un mini-site web déporté.

Quel est le modèle économique ?

Tous les principaux LLM se sont ouverts au monde marchand. Nous ne nous considérons pas comme de la publicité, mais comme du e-commerce. Nous déplaçons les liens sponsorisés et les vitrines de marques dans les agents conversationnels, en poussant des contenus commerciaux basés sur leur pertinence.

Concernant Claude, bien qu’il refuse la publicité, il n’exclut pas la partie commerciale. Ils ont récemment annoncé la poussée d’applications B2C (Booking, Airbnb) dans les conversations, ce qui s’apparente au commerce agentique que nous développons.

Les modèles économiques varient selon les LLM. Initialement, OpenAI utilisait un modèle à la conversion, désormais un modèle à l’interaction (au clic). Chez Lemrock, nous proposons un modèle similaire à celui de l’électricité : les marques paient un abonnement pour accéder au réseau, puis consomment ce forfait à l’interaction, avec des discounts.

L’imact en termes de businness est-il déjà significatif ?

Nous gérons 100 millions de conversations par mois Nous observons déjà des résultats significatifs pour les marques.. Cependant, le secteur est encore en pleine évolution, avec une réglementation et des infrastructures qui se cherchent. Lemrock a pour vocation de développer un standard sur ce marché.

En termes de KPIs, nous constatons des taux de clic (CTR) multipliés par 10 par rapport aux contenus sponsorisés habituels, grâce à l’hyperpersonnalisation. Les taux de conversion sont également très élevés, allant de x3 à x10 selon les verticales. Pour nos clients de taille moyenne, le commerce agentique peut représenter jusqu’à 10% de leur chiffre d’affaires.

Les prochaines étapes ?

Les usages doivent se structurer autour du commerce agentique. Les question de la confiance avec les utilisateurs est clé.

Côté Lemrock, nous allons développer davantage le produit, recruter des profils tech en France (notre équipe tech y est basée), et l’expansion à d’autres secteurs comme la banque, l’assurance, le voyage et les services. Enfin, l’expansion internationale est une priorité, notamment l’ouverture aux États-Unis, avec l’équipe fondatrice qui s’y installera.

L’organisation du travail à l’ère de l’IA, la question clé ?

Au-delà de l’IA elle-même, nous réfléchissons beaucoup à l’organisation du travail dans une startup et dans le monde de l’entreprise en général. L’IA permet de faire beaucoup plus avec moins, ce qui nécessite de repenser les structures. Chez Lemrock, nous automatisons tout dès le premier jour. Cela soulève des questions sur l’organisation humaine, les prérequis techniques et la construction de notre code.

Nous redéfinissons les valeurs de l’entreprise autour de la curiosité, de l’entrepreneuriat et de l’ownership. À l’ère des agents IA qui exécutent les tâches, la curiosité et la débrouillardise deviennent primordiales. Nous sommes actuellement 15 personnes et pensons que cette taille est suffisante pour atteindre des jalons significatifs en termes de chiffre d’affaires, grâce à l’optimisation des processus.

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