
Fini le short form content, on ne parle plus que de “Clip Economy” et de l’impact des mini-clips vidéos (TikTok, Shorts You Tube et Reels Instagram) sur l’économie des médias.
Qu’est-ce que la Clip Economy ?
La Clip Economy tel que définie par l’analyste Ed Elson est une économie où les extraits de podcasts, vidéos, livestreams ou émissions tv ont cessé d’être des produits dérivés promotionnels du show principal mais bien l’unité de consommation principale. La vérité de la Clip Economy tient en une phrase : la grande majorité des utilisateurs voient l’extrait vidéo d’un podcast sans même regarder le contenu principal.
En bref, l’éternel dilemme des tuyaux et des contenus s’est compressé : “le clip EST le contenu”. Mais ce n’est pas tout : “le Clip EST la distribution”.
Et, attention, comme à chaque mutation des usages médias digitaux il y a des gagnants, des perdants et une bascule marquante des usages.
À quel point ?
Prenez cette statistique incroyable issue du show Tech TBPN récemment racheté par Open AI pour un montant non divulgué mais estimé à quelques centaines de millions de dollars. Chacun de leurs clips vidéo génère en moyenne 250.000 vues soit 37 fois l’audience du show lui-même. TBPN véritable machine à générer des clips (et qui possède sa propre base d’annonceurs) envisagerait même des revenus de l’ordre de 30 millions de dollars en 2026. Ed Elson cite également l’exemple de l’influence Clavicular dont le contenu principal ne dépasse les 16.000 spectateurs mais dont les clips ont dépassé les 70 millions de vues uniques. Des chiffres surement sous-estimés car ils n’incluent pas les “re-clips” de fans…
Mais, en dehors d’une poignée d’indépendants agiles et florissants, à qui profite l’économie du clip ? Aux plateformes elles-mêmes car ce sont souvent les seules à agréger l’audience et à tenir la relation auprès des grands annonceurs.
Quelle leçon économique ?
Car, au-delà des théoriciens des médias comme Leo Hansson Nilson, dénonçant le surplus informationnel généré par la Clip Economy et la généralisation de “l’algorimage”, la leçon économique est amère.
À ce sujet, et particulièrement auprès des médias si prompts à adopter les révolutions numériques successives sans même réfléchir au déplacement de la valeur, l’avertissement d’Ed Nelson ressemble à un oracle : “vous ne devriez pas poster de clips sur les réseaux sociaux sauf si un annonceur vous paye directement pour le faire.”
Car encore une fois la valeur s’est déplacée loin des producteurs de contenu, comme le précise un autre observateur, Will Forrester : “La long form crée la valeur, la short-form la déploie”. Mais il ne faut pas oublier que même si l’extrait capte la valeur, l’extrait n’est rien sans la forme longue. Et pourtant, on en est là, dans la Clip Economy, seule la forme courte crée le reach.
La naissance des Clipping Agencies
En dehors des grands acteurs du social media, la Clip Economy a donné naissance au marché foisonnant des “clipping agencies”. Un streamer du nom de N3on a ainsi déclaré verser plus d’un million de dollars par mois à ses “clippers”. Derrière la Clip Economy un véritable écosystème du Pay-per-Clip est en train de naître.
Parallèlement, des startup comme Opus Clip font leur miel de la révolution de la Clip Economy. La jeune startup d’automatisation de clips a levé 50 millions de dollars auprès de SoftBank Vision Fund 2 et DCM Ventures et serait déjà valorisée aujourd’hui quatre fois cette somme.
Une nouvelle ligne de front s’ouvre entre les grands acteurs médias traditionnels de type Disney et Warner et les grandes plateformes autour de la Clip Economy. Et déjà, dans ce choc des Titans, les lignes de partage semblent déjà bien inégales.
