Pendant vingt ans, l’économie des plateformes s’est construite sur une promesse simple : plus vite, plus court, plus souvent. Notifications, stories, shorts et scroll infini ont structuré un environnement où l’attention est constamment sollicitée.
Mais un mouvement inverse n’a jamais cessé de perdurer : le Slow Media.

Nous continuons aujourd’hui notre série de contre-tendances avec la notion de Slow Media. A retrouver également :
- Vers une renaissance analogique
- Le retour du frictionfull
- L’imperfection : la nouvelle monnaie sociale
Le slow media comme repère
Dans un univers saturé de contenus instantanés, certains formats retrouvent de la valeur précisément parce qu’ils demandent du temps : podcasts fleuves, newsletters longues, essais, documentaires, magazines indépendants. L’attention devient une ressource rare, et la durée devient un signal de qualité.
Plusieurs signaux convergent. Une étude de Sociovision (Groupe Ifop) sur la presse premium montrait par exemple que 45 % des Français citaient un titre de presse premium parmi leurs médias préférés. Autrement dit, à mesure que l’information devient abondante et fragmentée, les formats éditoriaux exigeants retrouvent une fonction de repère.
Des formats de plus en plus long sur Youtube
Cette réhabilitation du temps long se manifeste également sur YouTube. Alors même que la plateforme investit massivement dans les Shorts pour concurrencer TikTok, les usages racontent une autre histoire. Selon Tubular Labs, les vidéos de plus de vingt minutes représentent désormais 57 % du temps de visionnage sur YouTube, alors même que les formats courts concentrent l’essentiel des vues.
Les formats courts servent à découvrir, mais les formats longs servent à rester.
Grâce au format long justement, les usages de Youtube changent. Selon Nielsen, YouTube est devenu en 2025 le premier distributeur de contenus télévisuels aux États-Unis, représentant jusqu’à 12,4 % du temps passé devant la télévision, devant Netflix, Disney ou les grands groupes historiques.
Ce n’est plus seulement une plateforme mobile.
Les podcasts fleuves pleuvent
L’un des phénomènes les plus marquants de ces dernières années est la montée en puissance des podcasts de longue durée.
Le Reuters Institute observe que les podcasts sont désormais devenus un média d’information et d’analyse à part entière, au point que des personnalités comme Joe Rogan rivalisent avec certains médias traditionnels en audience. Les jeunes publics privilégient de plus en plus les formats qu’ils peuvent écouter ou regarder longuement, plutôt que lire rapidement.
Les podcasts les plus performants durent souvent entre 1h et 3h, soit l’exact opposé de la logique du snack content.
Au revoir le doomscrolling
Ce phénomène se voit aussi dans les pratiques culturelles émergentes.
Une tendance chez la Gen Z consiste par exemple à remplacer le doomscrolling par des listes de contenus “consommés intentionnellement” — livres, films, podcasts — partagées sur Substack ou TikTok. Une manière de transformer la consommation médiatique en expérience consciente plutôt qu’en flux automatique.
À l’ère de l’IA générative et de la surproduction de contenus, c’est désormais la profondeur qui redevient différenciante. Dans un monde où tout peut être produit instantanément, prendre du temps devient une preuve d’intention.
