L’année dernière nous publions un article sur les tiers-lieux et coworks comme alternatives au télétravail. En contexte de pandémie ces lieux jouent un rôle intéressant pour maintenir la stimulation d’un environnement de travail partagé avec d’autres entreprises et entrepreneurs. Et tout simplement permettre de trouver en dehors de chez soi plus de calme et des équipements adaptés. Les protocoles sanitaires sont bien sûr renforcés avec la Covid-19, et les acteurs du marché des bureaux partagés ont parfois pivoté vers une clientèle de plus grosses entreprises.
La tendance au travail flexible ou hybride
Même avant la pandémie, certains entreprises avaient déjà intégré le concept de cowork ou tiers lieux dans leur stratégie, pour offrir à leurs collaborateurs un environnement de travail hybride, entre maison et bureau. Hybridité et flexibilité sont plus que jamais de mise avec la Covid-19, comme le montrent les témoignages d’entreprises qui ont maintenu leurs programmes « cowork ».
C’est le cas notamment de la société de conseil BearingPoint qui depuis le printemps 2019 expérimente le télétravail en coworking en complément au télétravail à la maison. Parmi les objectifs de départ : favoriser la mobilité des collaborateurs et optimiser l’occupation de leurs nouveaux locaux. Dans le contexte Covid-19, cette approche « hybride » permet aux collaborateurs d’éviter de prendre les transports en commun et de risquer une contamination, tout en leur ouvrant des espaces de « sociabilisation » en bureaux partagés avec des règles sanitaires strictes. Enfin c’est une solution souple pour adapter les bureaux à l’évolution des besoins des équipes (et leur taille).
Plus de détails sur le site de Neo-Nomade qui a accompagné BearingPoint pour cette nouvelle organisation du travail, sa plateforme de réservation intégrant plus de 1000 espaces de coworking partenaires à Paris et en régions.
Comme le précise Olivier Chappert, Associé People&Strategy chez BearingPoint : «Le lieu de travail va devenir multiple (le domicile, les espaces de coworking et le bureau), mais la vocation sociale du bureau va s’accentuer (on vient au bureau pour socialiser et travailler en mode collaboratif). Les espaces de travail de bureau vont donc se transformer en conséquence avec comme impacts une réduction des m² loués et une évolution du modèle locatif caractérisée par une diminution des baux traditionnels 3/6/9 et un développement du coworking (…)».
Précisons que le maillage du réseau national des coworks sera important pour la transformation des modes de travail. Neo-nomade travaille ainsi notamment avec Relais d’entreprises, qui fédère un réseau d’une centaine de tiers lieux et coworks en zones rurales et périurbaines.
Les grandes entreprises, nouvelle clientèle en croissance pour les coworks
Si on s’intéresse à l’un des leaders mondiaux du marché du cowork, WeWork, on constate que les grosses entreprises constituent son segment de clientèle en plus forte croissance. Les entreprises de plus de 1000 salariés comptaient déjà avant la pandémie pour 20% des abonnements de WeWork et 30% de ses revenus mensuels (source WeWork/Recode).
WeWork vise toujours une introduction en bourse en 2021 et a pour cela allégé sa structure en licenciant 8000 de ses salariés (soit 30% de ses effectifs). Avec un taux d’occupation au 1er trimestre de 66% et des économies de près d’1 milliard de dollars après restructuration, WeWork prévoit donc d’être profitable en 2021. (Source Bloomberg)
Même mouvement vers les grands comptes chez la multinationale Regus, dont le siège est en Suisse et au New-Jersey et qui compte 3500 centres dans le monde. La société communiquait sur une baisse de 80% de la demande en mars, et 10 % des clients habituels sur site. En mai, ils étaient 30%, puis en juin-juillet, entre 40 et 45%. Mais depuis septembre, la demande était repartie à la hausse (+25%), plus forte même qu’avant l’arrivée du Covid-19. (source France-3).
Environ 1/3 des clients de Regus sont des PME et TPE, mais les grands groupes commencent eux aussi à s’intéresser au « flex’office ».
Comme l’explique Christophe Burckart, Directeur Général du département France d’ IWG (International Workplace Group, maison mère de Regus) : « Le phénomène est en cours, on a tendance à dire que les grands groupes trainent des pieds mais pas tant que ça. Nous avons parmi les groupes du CAC 40, 36 clients chez nous en France. Engie par exemple, a développé son département numérique du côté de la gare Saint-Lazare, avec 120 salariés, qui n’avaient pas du tout envie d’aller s’installer à la Défense, c’est aussi plus de possibilités d’attirer les meilleurs talents. (…) Le Covid a d’ores et déjà signé l’arrêt de mort de l’open-space au bureau ». (source France 3, qui compare l’évolution des grands groupes de cowork à la situation plus incertaine des petits espaces de coworking dont beaucoup ont déjà dû mettre la clé sous la porte).
A l’étranger et en régions, des pivots inspirants
Si les espaces de coworking indépendants trouvent les ressources pour pivoter, ils peuvent séduire cette clientèle de grands compte mais aussi lancer d’autres pistes.
Ainsi dans le Kentucky, le cowork et lieu de réception « Base110 » a eu l’idée de proposer aux entreprises et entrepreneurs une formule qui associe le télétravail et l’école à distance. Avec son abonnement “baseEDU” les membres peuvent accéder dans même bâtiment à un espace de travail pour les professionnels, et un hub éducatif pour leurs enfants en apprentissage à distance.

Plus près de nous, en Haute-Vienne, l’espace de coworking « Le Phare » continue de fonctionner grâce à ses résidents à l’année, qui représentent 40 % de son chiffre d’affaires. Adrien Boisdevesy, fondateur de l’espace de coworking basé à Limoges, précise qu’il a dû un temps arrêter les activités culturelles qui font aussi l’attrait de ce lieu qui depuis 2013 se définit comme un espace de culture et de travail. Mais la pandémie lui a aussi permis de « réfléchir à de nouveaux aménagements, de repenser le lieu et surtout à mettre en pratique ces réflexions. Il va y avoir trois nouvelles salles de réunions, et un nouvel espace extérieur. J’ai aussi de nouveaux projets en tête. » (source Le Populaire)

Séverine Godet
