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En attendant l’éclatement de la bulle : l’art d’être un Cafard

 

"Des survalorisations intenables dans la durée, des marchés financiers instables, une Chine affaiblie : tout annonce l'inévitable".

Ces mots n'ont pas été proférés par un militant anticapitaliste énervé.

Ils appartiennent à Caterina Fake, Cofondatrice de Flickr (revendu à Yahoo), de Hunch (revendu à eBay), Présidente du conseil d'Etsy, Administratrice de Creative Commons, très active business angel et mère d'une petite fille. Elle dirige actuellement Findery, qu'elle a fondé.

katerina-fake

La Silicon Valley ne rêve que de Licornes, ces startup dont les valorisations dépassent le milliard de dollars (entre autres Uber, Airbnb, SnapChat, et en France Blablacar). Caterina préfère s'intéresser aux Cafards, ces entreprises moins glamours, plus discrètes, mais aux fondements économiques plus sains. Beau pied de nez.

C'est pour nous l'un des textes les plus provocateurs et inspirants (car l'un des moins dans la mode) parmi la prose abondante - souvent de qualité, il est vrai - qui sévit outre-Atlantique. Autant dire que nous en partageons pleinement la philosophie et en recommandons vivement la lecture à nos amis entrepreneurs.

Caterina nous a très gentiment autorisé à traduire son texte en français et à le publier sur Viuz. A thousand thanks !

 

L'âge des Cafards

Par Caterina Fake

coackroach

A en croire tous les pronostics, un fléau est en passe de décimer les Licornes. Des survalorisations intenables dans la durée, des marchés boursiers instables, une Chine affaiblie, des lendemains qui déchantent : tout annonce l'inévitable.
Et lorsque tomberont les licornes, elles emporteront  dans leur chute  beaucoup de startups, plus petites et moins emblématiques.

Depuis de nombreuses années le capital-risque a choisi d'investir massivement dans les Licornes, ce qui a affaibli les startups Bêtes de somme. Le fléau cela dit touchera toutes les startups, de toutes tailles et de tous horizons.

Les bonnes choses arrivent lentement, et depuis la sortie de la crise de 2008, nous nous sommes habitués à vivre dans l'aisance, il est facile de trouver des investisseurs. Cela dit, les mauvaises choses arrivent brusquement. La vie est faite de hauts et de bas.

Qui survivra ? Comme toujours les moins glamours, les durs à la tâche, les Cafards. Les Cafards ont survécu à la catastrophe des astéroïdes et à l'extinction des dinosaures. Ils peuvent vivre six semaines sans manger. Ils ne font pas les difficiles en matière de nourriture, ils n'ont pas besoin de sucre, ce que tous les autres insectes recherchent désespérément. Ils peuvent se suffire de graisse, de cheveux ou même de colle. Ils manquent de glamour, ils sont laids, sans prétention. La plupart du temps vous ne les remarquez pas ; ils bougent vite.

Les entreprises qui souhaitent survivre à la crise du financement qui s'annonce devront agir vite, réduire les coûts et se préparer à un avenir où l'argent ne coulera plus à flot. Elles devront faire des coupes dans les effectifs, quitter les bureaux hors de prix du centre-ville pour s'installer dans des banlieues pas très sexy, pivoter vers des modèles réellement générateurs de revenus, enterrer les projets qui ne mènent nulle part, elles devront vivre avec moins de moyens. Il est toujours possible de vivre comme une fourmi et non comme une cigale - voir la présentation de Sequoia "RIP Good Times", qui date de 2008 (et suivez les  conseils à partir du slide 42).

Si vous devez être racheté, il est peut-être trop tard. Le meilleur moment pour démarrer une startup, c'était il y a 6 mois. Le prochain meilleur moment ? Maintenant !

Une fois le fléau passé, après les ravages qu'il aura produit, la fumée se dissipera. Vous pourrez observer tout autour de vous qui sera resté debout. Vous verrez les Cafards. Les Cancrelats seront amaigris et moins nombreux, mais ils auront survécu à la famine et auront traversé une période pas très hype, une période où il est plus facile de recruter des collaborateurs talentueux, collaborateurs d'autant plus fidèles aux entreprises qui les auront embauchés. Les surfaces de bureaux auront été libérées et seront moins chères. Beaucoup de concurrents craintifs auront disparu, malgré leur levée de fonds.

Les époques de vaches maigres ont ceci de bon : les startups sont obligées de mettre plus de créativité dans les produits qu'elles créent, et d'être plus intelligentes dans leurs recrutements comme dans la gestion du temps. Les contraintes inspirent la créativité.

L'ère des Licornes s'achève, l'ère des Cafards arrive. Bienvenue à vous !

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La version originale en anglais : The age of the Coackroach

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