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Espaces de cowork, quels pivots avec la pandémie ?

En 2019, nous publiions un article sur les tiers-lieux et coworks comme alternatives au télétravail. Depuis, le monde du travail a été bouleversé par les conséquences de la pandémie, amenant les tiers lieux à se réinventer. En travail à distance ou hybride, ils peuvent aider à maintenir la stimulation d’un environnement de travail partagé avec d’autres entreprises et entrepreneurs. Certains acteurs comme WeWork (qui devrait entrer en bourse fin octobre) se positionnent aussi désormais sur le créneau de la relance économique, avec des programmes d’accompagnement sur mesure pour les entreprises, comme le Growth Campus Europe. Des acteurs régionaux comme le réseau Relais d’Entreprises jouent la carte du développement durable, avec la diminution des déplacements des salariés.

VIUZ cowork 2021
Source : photo de Piero Nigro via Unsplash

La tendance au travail flexible ou hybride

Même avant la pandémie, certains entreprises avaient déjà intégré le concept de cowork ou tiers lieux dans leur stratégie, pour offrir à leurs collaborateurs un environnement de travail hybride, entre maison et bureau. Hybridité et flexibilité sont plus que jamais de mise avec la Covid-19, comme le montrent les témoignages d’entreprises qui ont maintenu leurs programmes « cowork ».

C’est le cas notamment de la société de conseil BearingPoint qui déjà au printemps 2019 expérimentait le télétravail en coworking en complément au télétravail à la maison. Parmi les objectifs de départ : favoriser la mobilité des collaborateurs et optimiser l’occupation de leurs nouveaux locaux. Dans le contexte Covid-19, cette approche « hybride » permet aux collaborateurs d’éviter de prendre les transports en commun et de risquer une contamination, tout en leur ouvrant des espaces de « sociabilisation » en bureaux partagés avec des règles sanitaires strictes. Enfin c’est une solution souple pour adapter les bureaux à l’évolution des besoins des équipes (et leur taille).

L’hygiène devient alors un sujet clé puisque les bureaux seront désormais utilisés par différentes personnes à différents moments. Une stratégie de « flex office » qui selon BearingPoint, concernera 40 à 50% des bâtiments tertiaires d’ici à 2030. 

Plus de détails sur le site de Neo-Nomade qui a accompagné BearingPoint pour cette nouvelle organisation du travail, sa plateforme de réservation intégrant plus de 1000 espaces de coworking partenaires à Paris et en régions.

Comme le précise Olivier Chappert, Associé People&Strategy chez BearingPoint : «Le lieu de travail va devenir multiple (le domicile, les espaces de coworking et le bureau), mais la vocation sociale du bureau va s’accentuer (on vient au bureau pour socialiser et travailler en mode collaboratif). Les espaces de travail de bureau vont donc se transformer en conséquence avec comme impacts une réduction des m² loués et une évolution du modèle locatif caractérisée par une diminution des baux traditionnels 3/6/9 et un développement du coworking (…)».


La proximité géographique est clé

Précisons que le maillage du réseau national des coworks sera important pour la transformation des modes de travail. Neo-nomade travaille ainsi notamment avec Relais d’entreprises, qui fédère un réseau d’une centaine de tiers lieux et coworks en zones rurales et périurbaines. Les tiers-lieux d’activité Relais d’Entreprises labellisés sont labellisé « Bas Carbone ». Car les tiers-lieux aident à diminuer les déplacements des salariés et ainsi contribuent à la réduction des émissions de gaz à effets de serre. (détails dans le communiqué Relais d’Entreprises avec la publication officielle du Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire, du 1er septembre 2021)


Les grandes entreprises, nouvelle clientèle en croissance pour les coworks

Si on s’intéresse à l’un des leaders mondiaux du marché du cowork, WeWork, on constate que les grosses entreprises constituent son segment de clientèle en plus forte croissance. Les entreprises de plus de 1000 salariés comptaient déjà avant la pandémie pour 20% des abonnements de WeWork et 30% de ses revenus mensuels (source WeWork/Recode).

WeWork visait une introduction en bourse en 2021, et avait pour cela allégé sa structure en licenciant 8000 de ses salariés (soit 30% de ses effectifs). Finalement cette entrée en bourse devrait se faire fin octobre 2021, à travers la fusion de WeWork avec le "SPAC" (Special purpose acquisition company) BowX (dépêche AFP du 20/09). En 2020, WeWork avait évité le pire en maintenant au 1er trimestre 2020 un taux d’occupation de 66% et réalisé des économies de près d’1 milliard de dollars après sa restructuration. L’entreprise espérait alors être profitable en 2021. (Source Bloomberg). Mais mi-août 2021 WeWork a du prévenir ses investisseurs que ses revenus 2021 seraient plutôt en retrait de 17%. WeWork vise désormais plutôt un rebond en 2022 avec une hausse de 64% de ses revenus, ce que Bloomberg juge optimiste (détails).

WeWork a également lancé mi-septembre 2021 son initiative Growth Campus Europe, pour soutenir l’écosystème des startups et stimuler la croissance économique. Concrètement, WeWork proposera l’équivalent de 17 millions d'euros en espaces de travail à tarif subventionné ainsi que des programmes d'accompagnement sur mesure, dans neuf pays européens (dont la France) et 14 villes (Paris inclus).

WeWork a déjà lancé deux autres initiatives de Growth Campus dans le monde, après le Royaume-Uni (un investissement de 15 millions de £ soutenu notamment par JC Decaux avec son réseau d’affichage) et l’Asie-Pacifique (lancé en août 2021).


Regus cible aussi les grands comptes

Même mouvement vers les grands comptes chez la multinationale Regus, dont le siège est en Suisse et au New-Jersey et qui compte 3500 centres dans le monde. En 2020, environ 1/3 des clients de Regus étaient des PME et TPE, mais les grands groupes commencent eux aussi à s’intéresser au « flex’office ».

Pour 2020, IWG, maison mère de Regus cotée au Royaume-Uni, a néanmoins du subi une baisse de 17 % de ses bénéfices. Et a dû assumer des coûts COVID-19 de 389,8 millions de livres (550,24 millions de dollars). En juin 2021, IWG déclarait continuer à voir une "demande sans précédent" pour ses options de travail hybride, et s’attend toujours à une forte reprise en 2022 (détails Zone Bourse).

Concernant la cible « grand comptes », voici ce que disait déjà en 2020 Christophe Burckart, Directeur Général du département France d' IWG (International Workplace Group, maison mère de Regus) : « Le phénomène est en cours, on a tendance à dire que les grands groupes trainent des pieds mais pas tant que ça. Nous avons parmi les groupes du CAC 40, 36 clients chez nous en France. Engie par exemple, a développé son département numérique du côté de la gare Saint-Lazare, avec 120 salariés, qui n'avaient pas du tout envie d'aller s'installer à la Défense, c'est aussi plus de possibilités d'attirer les meilleurs talents. (…) Le Covid a d'ores et déjà signé l'arrêt de mort de l'open-space au bureau ». (source France 3, qui compare l’évolution des grands groupes de cowork à la situation plus incertaine des petits espaces de coworking dont beaucoup ont déjà dû mettre la clé sous la porte).


Séverine Godet

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