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Les départements des Ressources Humaines déploient des trésors d’imagination pour recruter et fidéliser les salariés. Car se tromper dans un recrutement coûte cher, mais voir partir des collaborateurs qualifiés et formés est tout aussi coûteux. Parmi les pratiques innovantes, proposer aux collaborateurs des congés payés illimités, une idée introduite au milieu des années 90 par IBM et suivie depuis par de nombreuses entreprises de la Silicon Valley comme Glassdoor, LinkedIn, Netflix. Cette tendance, censée responsabiliser les salariés et donner la priorité à la réalisation des objectifs plutôt qu’aux jours de présence dans l’entreprise, reste pour le moment en France cantonnée à l’univers des startup mais s’adresse désormais à une plus grande variété de postes en Europe et aux Etats-Unis. Tour d’horizon et retour d’expérience pour vérifier si les vacances illimitées sont une si bonne idée.
Quels pays et métiers adoptent les congés illimités ?
La plateforme de recherche d’emploi Joblift avait lancé une étude en mai 2018, courant sur 24 mois et montrant la France loin derrière l’Allemagne, les Pays-Pays, le Royaume-Uni et les Etats-Unis dans l’offre de vacances illimitées, en termes d’annonces mais également de diversités de métiers ayant accès à cet avantage. Etaient recensées 50 fois plus d’offres de congés illimités aux Etats-Unis qu’en France avec 188 offres comptabilisées en France contre 341 en Allemagne, 360 aux Pays-Bas, 4 948 au Royaume-Uni, et 22 852 aux Etats-Unis.
Plus de la moitié (53%) des offres en congés illimités en France étaient alors adressées aux développeurs. A l’étranger, les postes étaient plus divers. Les autres annonces françaises s’adressaient à 16% aux commerciaux et 8% aux ingénieurs. Les développeurs étaient aussi majoritaires au Royaume-Uni avec 63% d’annonces offrant des congés illimités contre 14% pour les commerciaux et 9% pour les professionnels du marketing. Les professions étaient plus variées aux Etats-Unis, en Allemagne et aux Pays-Bas avec environ 35% des offres destinées aux développeurs, et entre 10% et 20% de postes pour commerciaux et marketeurs.
En France, des pratiques RH différentes entre startups et grands groupes
Dans l’étude 2016-2018 de Joblift, 57% des offres françaises avec vacances illimités étaient émises par des startups. Une spécificités franco-française puisque dans les autres pays, les congés illimités sont plus intégrés par les grandes entreprises. Ainsi en Allemagne, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas ou aux Etats-Unis jamais plus de 30% des offres ne venaient de startups.
En 2019, les congés illimités ont toujours le vent en poupe
Nous avons demandé à l’équipe Joblift si entre mai 2018 et mars 2019, la tendance des congés payés illimités se confirmait. La réponse est oui avec un nombre d’offres en augmentation dans tous les pays, particulièrement pour les Pays-Bas (+200%) et le Royaume-Uni (+89%).
En France, entre mai 2018 et mars 2019, 131 nouvelles offres proposant les congés illimités ont été publiées, soit 43% plus d’offres par rapport à la même période l’année précédente. Les offres françaises restent à 61% émises par des startups, contre 13% et 30% pour le reste des pays étudiés.
Aux Etats-Unis : 25 994 nouvelles offres, soit +11%. 29% d’offres en startups
En Allemagne : 300 nouvelles offres, soit +55%. 13% d’offres en startups
Au Royaume-Uni : 4 082 nouvelles offres, soit +89%. 25% d’offres en startups
Aux Pays-Bas : 604 nouvelles offres, soit +200%. 30% d’offres en startups
Les professions qui se voient proposées cette forme de congés restent globalement les mêmes dans chaque pays.
Le véritable impact RH des congés illimités
Proposer des congés payés illimités contribue à l’attraction des talents, mais à la lecture de l’étude Joblift cette pratique n’en réduit pas pour autant le délai pour pourvoir les postes. Une exception : l’Allemagne où les postes sont pourvus deux fois plus rapidement. Et attirer les talents ne suffit pas, encore faut il que la liberté promise soit réellement applicable sur le terrain pour les faire rester.
« La mise en place d’une politique de vacances illimitées à moins à voir avec le type de structure qu’avec le management et une culture d’entreprise basée sur la confiance. Cependant, certains leaders sont aussi contre car cela peut pousser des employés à prendre moins de congés, ce qui a un impact sur le bien-être et la productivité », commente Mathilde Brygier, responsable des Relations Publics de Joblift.
Même au Royaume-Uni où cette pratique est plus répandue, la réalité est bien différente de la promesse. D’après le Guardian « les entreprises proposant les congés illimités ont tendance à cultiver une culture de l’exigence et de l’engagement maximale de la part des collaborateurs, ce qui peut amener ces derniers à se sentir coupable. Ils craignent que prendre des congés ne montre à leur patron et à leurs collègues qu’ils ne sont pas totalement impliqués dans leur mission. Au final les congés illimités font que les salariés finissent par prendre moins de congés. (…) De plus, si les entreprises ne tiennent plus le compte des jours de congés elles ne paieront pas non plus le solde de congés à ceux qui les quittent. »
Un système qui est donc légal mais peut rapidement se heurter au droit du travail, car «c’est le salarié qui s’autolimite, mais légalement l’employeur doit assurer sa sécurité physique et mentale. S’il ne le force pas à prendre ses congés, il peut être responsable en cas d’accident du travail», comme l’explique Stéphane Béal, avocat associé et directeur du département Droit social du cabinet Fidal, dans cet article du Figaro.
Quelles alternatives
Toutes les entreprises ne sont donc pas prêtes à passer aux congés illimités. Mais d’autres pratiques peuvent aussi contribuer au bien-être des collaborateurs et à la productivité, comme le télétravail ou encore encourager les congés sabbatiques pour recharger les batteries tout en vivant de nouvelles expériences.