Ils ont racheté Evernote, We Transfer, Meetup, Slice et AOL.
Depuis quelques années, une mystérieuse société italienne rachète les fleurons du Web 2.0 pour les remettre à flot avec des méthodes…spartiates, expéditives et sans affect.
Viuz a voulu savoir, qui était Bending Spoons et quelles étaient ses méthodes.
Une success-story italienne à 16,9 milliards de dollars
Sur le papier, Bending Spoons créée en 2013 dans un clin d’oeil à Matrix (“There is no Bending Spoons”) est une société prospère en hypercroissance. Elle serait passée d’un chiffre d’affaires de 355 millions d’euros en 2023 à un chiffre d’affaires potentiel de 2,2 milliards en 2026. Valorisée 16,9 milliards de dollars lors de son IPO en juillet, elle fait partie des nouveaux fleurons du Nasdaq. Elle affichait même un EBITDA de 255 millions d’Euros au premier trimestre 2026.
Face dorée, revers endetté
Ça c’est pour le côté face, côté pile Bending Spoon est une société très endettée (près de 4 milliards d’Euros). Un niveau d’endettement très élevé pour une boîte Tech qui fait dire aux observateurs que Bending Spoon ressemble plus à un fond LBO qu’à une boîte de SaaS.
Côté pile, encore, les méthodes disons musclées de remise à flot des pépites rachetées. Bending Spoon s’est fait une spécialité de ramener les sociétés de son portefeuille à la profitabilité via des réductions de coûts drastiques de 60 à 70%. Des réductions de coûts qui passent, sans mystère, par des licenciements massifs : 70 à 90% du personnel est licencié dans les semaines suivant les rachats. Une réputation qui n’empêche pas la société d’être ultra-sollicitée et ultra-sélective sur les candidats avec 300 postes offerts pour 800.000 candidatures soit un taux d’acceptation de 0,04%.
Mais ce n’est pas tout, la course au redressement passe inévitablement par la fermeture des sièges sociaux d’origines, la centralisation des opérations à Milan et l’automatisation de l’ensemble des process.
Payer plus, ou partir
Pour finir, le traitement de choc opéré par les fondateurs de Bending Spoons, Luca Ferrari et Matteo Danieli , d’anciens ingénieurs ayant connu la faillite de leur première Startup Evertale, passe toujours par une augmentation drastique du prix des abonnements. L’abonnement Evernote aurait été multiplié par 3,5 en deux an. La méthode Bending Spoons passe parfois par la destruction progressive de l’offre gratuite. Le calcul est froid et rationnel si 50% des utilisateurs quittent la plate forme, le reste accepte les hausses de prix sans broncher ce qui réduit d’autant les frais de serveur et de support.
En bref, sans être issue du serail McKinsey/Private Equity, les fondateurs de Bending Spoons en appliquent les codes au point de leur valoir, même dans la presse économique anglo-saxonne qu’on a connu plus amicale, la qualification de pilleurs de tombe numérique.
Des « pilleurs de tombes numériques » assumés
Dans plusieurs interviews les fondateurs déclarent comprendre l’émotion que suscite leur approche hyper-rationnelle mais rejettent l’accusation d’opérateur de private-equity indiquant n’avoir revendu pour l’instant aucune société. Ils précisent aussi rejeter le modèle de l’hypercroissance à la mode Silicon Valley. Ils déclarent même ignorer la pression trimestrielle, avoir uen vue à vingt ans et se focaliser sur leur 500 millions d’utilisateurs uniques, leurs 9 millions de comptes payants et leur très impressionnant revenu de 3,5 millions de d’euros par employé qui semble valider un modèle “hors-Gafa” qui ressemble à un portefeuille de marques web sous un système d’exploitation unique ultra automatisé et dopé à l’IA. D’une certaine façon, ils sont parvenus à démontrer, à la dure, que le modèle d’un web payant pouvait être viable et hyper-rentable. Et dans leur catégorie qui n’est plus une niche, il n’ont pas de concurrent.
Dans les années 1970 les fameuses cuillères tordues du mage Uri Geller se sont révélées être une supercherie démasquée par de célèbres illusionnistes. Restent deux questions : la croissance à marche forcée et en mode punitif peut-elle durer éternellement ? Et était-ce vraiment là le rêve initial du Web 2.0 ?
📨 Inscrivez-vous à la newsletter de Viuz pour ne manquer aucune actualité du marché !
Credits Photo Amina El Shazly sur Unsplash
