Présidentielle 2027 : l’IA devient un nouveau média de campagne… mais commet encore trop d’erreurs (Étude Fondation Jean-Jaurès x Onclusive)

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, l’intelligence artificielle générative pourrait devenir un nouveau point d’entrée vers l’information politique. La Fondation Jean-Jaurès et l’institut d’études Onclusive ont analysé les réponses produites par deux des principaux outils d’IA utilisés en France, ChatGPT et Perplexity, à partir de 50 questions portant sur la campagne présidentielle et six grands thèmes : questions générales, environnement, relations internationales, travail et emploi, sécurité et pouvoir d’achat. Le terrain a été réalisé le 2 septembre 2026 et représente un corpus de plus de 500 000 caractères.

Illustration de Kamran Abdullayev sur Unsplash


Les médias restent au cœur de l’information fournie par les IA

Premier enseignement : les médias traditionnels constituent 33 % des pages web mobilisées, devant les comparateurs et agrégateurs de contenus d’actualité, qui représentent 31 % des sources consultées. Les sites des candidats et des partis comptent pour 10 %, les blogs et publications indépendantes pour 9 %, et les réseaux sociaux pour seulement 7 %.

Le cas de ChatGPT est significatif : 22 % des URL consultées par le modèle renvoient au site Internet du quotidien Le Monde, qui constitue de loin le premier domaine mobilisé dans le corpus. Les cinq pages les plus consultées par ChatGPT sont toutes issues du Monde.
À l’inverse, les réseaux sociaux occupent une place marginale. À l’exception de YouTube et Reddit, ils sont quasiment absents des sources utilisées par les modèles. Les contenus directement publiés par les candidats et les partis sur leurs comptes sociaux ne sont donc, dans cette étude, pratiquement pas mobilisés par les IA pour informer sur la campagne.


Une galaxie d’agrégateurs dont la fiabilité est difficile à apprécier

La deuxième caractéristique du corpus est la place prise par les comparateurs et agrégateurs : 56 sites différents de cette catégorie ont été consultés par les deux modèles. Certains proposent des synthèses de programmes, des portraits de candidats ou des questionnaires de positionnement. Leur actualité et leur format structuré semblent particulièrement adaptés aux modèles de langage.

Mais l’étude souligne une difficulté : pour une partie de ces sites, les informations disponibles sur les responsables éditoriaux, les méthodes de production ou les modalités d’alimentation en contenus sont limitées. Cette situation soulève la question de la qualité des ressources utilisées par les IA et ouvre une hypothèse que de prochains travaux devront vérifier : les modèles pourraient-ils parfois s’appuyer sur des contenus eux-mêmes partiellement générés par IA ?


Des réponses qui paraissent factuelles… mais qui peuvent être erronées

Autre enseignement majeur : les IA adoptent dans leurs réponses une posture de neutralité et d’autorité. Les réponses sont généralement structurées, présentent plusieurs points de vue et donnent une impression de précision. Mais cette apparence peut masquer une tolérance importante à l’erreur.

Dans le corpus étudié, les modèles présentent par exemple Jordan Bardella ou Gérald Darmanin comme des candidats en lice, alors que les évolutions de la campagne ne sont pas correctement prises en compte. La note relève également que ChatGPT mobilise des articles anciens : parmi les 102 liens du Monde consultés pour produire ses réponses, 28 % ont été publiés ou modifiés en 2024 ou 2025, et 38 % si l’on ajoute les contenus du premier trimestre 2026. Cette difficulté est particulièrement importante dans une campagne électorale, où candidatures, ralliements, déclarations et programmes peuvent évoluer rapidement.


Une forte concentration de la visibilité autour de quelques candidats

L’étude met enfin en évidence une forte concentration de la visibilité politique. Sur l’ensemble des réponses produites par les deux modèles, Jean-Luc Mélenchon est mentionné dans 87 % des réponses, Marine Le Pen dans 86 % et Édouard Philippe dans 84 %. Gabriel Attal apparaît dans 70 % des réponses et Raphaël Glucksmann dans 68 %.

Cette hiérarchie varie toutefois selon les sujets. Les réponses produites par les modèles font apparaître des différences de visibilité selon les thématiques abordées, notamment sur l’environnement, le pouvoir d’achat, les relations internationales, la sécurité ou le travail.

Pour Théo Verdier, consultant en transformation numérique et co-directeur de l’Observatoire Europe de la Fondation Jean-Jaurès, cette évolution fait de 2027 la première « campagne IA ».

L’étude estime que les IA génératives sont un nouveau média de campagne, mais aussi comme une « boîte noire » dont il devient nécessaire de comprendre les sources, les mécanismes de hiérarchisation de l’information et les erreurs. Elle propose notamment d’ouvrir une réflexion sur la supervision de ces outils dans le contexte électoral, dans le cadre des nouvelles missions prévues par le règlement européen sur l’intelligence artificielle.

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