Entre croissance externe effrénée, innovations dans l’audio digital et plaidoyer pour une souveraineté technologique, Antoine Ripoche, Regional Manager Southern Europe d’Azerion nous livre sa vision d’un marché en pleine mutation.

Où en est Azerion ?
Azerion a parcouru un chemin considérable depuis sa création aux Pays-Bas il y a douze ans. Aujourd’hui coté à la bourse d’Amsterdam, le groupe emploie plus de 1 000 collaborateurs répartis dans 21 pays. Le marché français occupe une place stratégique dans notre dispositif : en l’espace de trois ans, nous y avons triplé nos effectifs. Cette dynamique repose sur une double approche alliant croissance organique et acquisitions stratégiques. L’année dernière a marqué un tournant avec l’intégration des actifs de CMO Media Région. Désormais, Azerion France s’appuie sur 160 experts répartis dans 11 bureaux. Ce maillage territorial nous permet d’offrir une proximité unique, garantissant à nos clients — de la PME locale aux grands comptes du CAC 40 — un accès uniforme à l’excellence de nos solutions technologiques.
Vous avez réalisé plus de 70 acquisitions en une décennie. Quels enseignements en tirez-vous ?
Chaque intégration est une expérience unique. Bien que nous ayons désormais industrialisé nos processus — de l’approche des équipes à la fusion des outils technologiques — la dimension humaine demeure la variable fondamentale. Au-delà de la technologie, ce sont des talents et des cultures que nous accueillons. Chaque rachat exige un temps d’attention et d’écoute considérable pour garantir son succès. Pour nous, Azerion agit comme une véritable rampe de lancement : nous apportons la puissance financière, l’expertise technologique et la force commerciale nécessaires pour lever les freins au déploiement de solutions innovantes. Pour que ces synergies soient réelles, nous privilégions des liens capitalistiques forts, bien que nous sachions accompagner des partenaires via des participations minoritaires.
Vous mettez en avant votre approche omnicanale. Qu’en est-il concrètement pour les annonceurs ?
Notre ADN réside dans la capacité à orchestrer des campagnes sur une multitude de leviers grâce à une plateforme propriétaire, complète et délibérément ouverte. En intégrant des expertises pointues en Rich Media, vidéo et Drive to Store, nous avons bâti un écosystème couvrant l’intégralité de la chaîne de valeur. La force de notre technologie réside dans le suivi du “device ID” à travers tous les terminaux, permettant une scénarisation fluide du parcours utilisateur. Nous sommes l’un des rares acteurs européens à maîtriser la donnée de bout en bout, une rigueur confirmée par la double certification du CESP. Cette maîtrise nous permet de briser les silos organisationnels traditionnels, offrant ainsi des activations plus complexes mais infiniment plus performantes, comme le couplage du DOOH et de l’audio digital pour générer du trafic incrémental en point de vente.
Qu’en est-il pour le drive to store ?
Un enjeu majeur pour le retail aujourd’hui est la digitalisation des catalogues. Nous assistons à un basculement du marché où les anciennes méthodes de marketing direct cèdent la place à des solutions technologiques capables d’industrialiser la promotion locale.
Chez Azerion, nous intégrons directement les promotions et les stocks dans le flux créatif publicitaire. Cette approche mixe technologie, data et créativité pour offrir une alternative numérique puissante au catalogue traditionnel. Grâce à notre maillage commercial et technique, nous permettons aux enseignes d’adresser l’enjeu local avec la même précision qu’une campagne nationale, garantissant une performance optimale du Drive to Store.
Vous investissez dans l’audio digital. Quelles en sont les innovations ?
L’audio digital connaît une croissance exceptionnelle car il touche à l’intime. Nous misons sur la personnalisation dynamique (DCO) et l’intelligence artificielle pour transformer des scripts en spots audio de haute qualité de manière industrielle. Les progrès sont saisissants : les voix générées par IA intègrent désormais une dimension émotionnelle qui rivalise avec les voix humaines. Cette technologie, couplée à une géolocalisation précise, permet aux annonceurs de mesurer l’impact direct en magasin. On observe un transfert de budget significatif de la radio traditionnelle vers l’audio digital, porté par une consommation qui ne cesse de croître.
Le DOOH, votre prochain axe de développement ?
Notre priorité est en effet de renforcer notre présence sur la verticale du DOOH.
Nous envisageons des acquisitions pour intégrer des réseaux en propre.
En fait, nous investissons dans des segments où les acteurs américains sont moins agiles, comme le DOOH et le commerce local.
Au-delà, l’enjeu est là : regrouper les forces pour bâtir un leader européen capable de rivaliser sur tous les fronts technologiques de la publicité.
Face à l’hégémonie des plateformes américaines, quelle alternative proposez-vous ?
On a vu les récents résultats du SRI… La domination des géants américains n’est pas une fatalité, mais elle impose une prise de conscience collective. Il est impératif de défendre notre écosystème européen pour préserver le financement de la presse et la souveraineté de nos données. Chez Azerion, nous nous positionnons comme un catalyseur technologique. La réponse à la fragmentation du marché européen réside dans la consolidation et l’unification des données. Si nous ne réagissons pas, les agences médias risquent de devenir de simples opérateurs au service de plateformes étrangères. Ensemble, nous sommes plus forts ; c’est un appel que nous lançons à tous les acteurs qui croient en une technologie souveraine.
