Le salon One to One IA x Expérience Client 2026 s’est tenu du 5 au 27 octobre à Biarritz. NO BRANDS ! Stupeur, tremblements et IA — c’était le fil rouge de cette édition 2026.

A cette occasion, nous avons échangé avec Yann Rivoallan, président de la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin depuis 2022.
Après avoir créé une agence de photographes, puis travaillé dans le recrutement pour le secteur de la mode, il a cofondé The Other Store entreprise qui a accompagné plus d’une centaine de marques dans leur développement sur Internet
Il a ainsi pu observer de près la transformation du secteur et la montée en puissance de Shein, puis de Temu. À la tête de la fédération Française du Prêt à Porter Féminin, il défend une double approche : lutter contre la concurrence qu’il juge déloyale de ces plateformes et aider les marques françaises à innover.
Quelques mots sur la fédération Française du Prêt à Porter Féminin aujourd’hui ?
Nous accompagnons plus de 600 marques, avec des profils très différents : des maisons comme Gérard Darel ou La Fée Maraboutée, mais aussi de plus petites marques et de nouveaux acteurs comme Satisfy.
Notre objectif est de permettre aux nouvelles marques de devenir un jour de grandes marques, et d’aider celles qui représentent une mode premium, écoresponsable et souvent digitale à continuer de se développer, en France comme à l’international.
La fédération a trois grandes missions.
La première est l’accompagnement à l’international.
La deuxième concerne la responsabilité sociale et environnementale.
Enfin, nous accompagnons l’innovation. Depuis plus de trois ans, nous organisons notamment des événements pour mettre en avant les start-up qui développent des solutions d’intelligence artificielle.
Ces trois missions s’accompagnent un travail de lobbying contre le développement des plateformes d’ultra-fast fashion. Nous ne pouvons pas laisser cette concurrence déloyale s’installer sans agir.
Vous venez de lancer un fonds de protection des commerces de proximité. Quel est son rôle ?
Le fonds a été lancé il y a quelques semaines. Il a pour but d’abord de rendre beaucoup plus visible la dangerosité de certains produits vendus sur ces plateformes.
Il s’agit également de former. La concurrence de ces plateformes et la transformation des marques laissent des équipes sur le carreau. Il faut former les personnes qui souhaitent rejoindre le secteur de la mode, pour qu’elles puissent prendre à bras-le-corps les transformations en cours, y compris celles liées à l’intelligence artificielle.
Le fonds sera financé par des marques comme par des particuliers.
Mon engagement s’inscrit dans la durée. Malgré les victoires obtenues ces derniers mois, le développement de Shein et de Temu ne va pas s’arrêter. Il faudra continuer à agir, à la fois face à ces plateformes et en collaboration avec les pouvoirs publics.
Où en est l’ultra-fast fashion aujourd’hui ?
Les plateformes ultra-fast fashion ont réalisé des chiffres d’affaires records et ont réussi à vendre leurs produits à près de 30 millions de Français par an. Elles sont désormais très fortement installées dans les habitudes de consommation, en France comme en Europe.
Nous avons commencé à construire un arsenal juridique et financier, notamment avec la taxe sur les petits colis. Mais une mesure efficace à court terme peut rapidement perdre de sa portée : ces plateformes développent des entrepôts en France et en Europe, ce qui leur permettra d’éviter cette taxe.
Les difficultés de pouvoir d’achat continuent aussi d’inciter de nombreux Français à acheter sur ces sites, malgré les risques que nous dénonçons.
Leurs chiffres d’affaires ont reculé de près de 30 % ces derniers mois. C’est une victoire importante, mais les volumes restent considérables. Nous devons poursuivre notre action si nous ne voulons pas voir nos commerces continuer à se dégrader.
Comment agir lorsque le consommateur recherche avant tout des petits prix ?
Attaquer le consommateur ou le culpabiliser serait la pire chose à faire. Cela reviendrait à lui reprocher d’être pauvre. Il y a zéro culpabilisation à avoir.
Comment un consommateur peut-il savoir qu’un vêtement contient trop de substances dangereuses, qu’il y a du plomb dans des chaussures ou qu’une crème solaire ne protège pas ? Il ne peut pas le savoir par lui-même.
Bien sûr, il faut l’informer. Mais avant tout, il faut interdire les produits dangereux et, lorsque c’est nécessaire, les plateformes qui les commercialisent. C’est ainsi que l’on protège le consommateur.
Nous devons renforcer l’arsenal juridique. Un commerce physique qui vendrait certains produits illégaux serait fermé. Les plateformes ne doivent pas pouvoir échapper à leur responsabilité en invoquant leur statut de marketplace. Il faut combler les failles dans lesquelles elles s’engouffrent.
Le sujet est donc de structurer un marché qui reste jeune. Le commerce physique est encadré depuis longtemps, et la DGCCRF fait son travail sur le terrain. Dans le monde virtuel, l’encadrement n’est pas au même niveau.
En matière de RSE, le secteur de la mode doit-il se remettre en question ?
Il suffit de regarder l’évolution du polyester. Sa consommation a très fortement augmenté au cours des vingt-cinq dernières années, alors que la production de coton ou de laine est restée relativement stable.
Nous nous sommes mis à surconsommer la mode en surconsommant avant tout du plastique.
La question est simple : avons-nous vraiment besoin d’acheter autant de vêtements en polyester ? Cela peut avoir du sens pour certains usages, par exemple dans le sport ou pour des leggings. Mais nous n’avons pas besoin que cette matière soit aussi présente dans notre quotidien.
Le véritable enjeu est de retrouver une consommation plus propre, plus naturelle et plus équilibrée. Il y a vingt ou vingt-cinq ans, les marques françaises se portaient bien, les consommateurs étaient heureux de s’habiller et la mode était belle.
Il ne s’agit pas de renoncer à la mode, mais de retrouver ces fondamentaux pour protéger à la fois nos emplois et la planète.
Cette approche est-elle réaliste, c’est-à-dire compatible avec les contraintes de pouvoir d’achat ?
Oui, parce que nous devons aussi sortir de la logique de surconsommation.
Plutôt que d’acheter un bon pull en laine que l’on va garder longtemps, nous achetons parfois plusieurs pulls de moins bonne qualité, qui dureront beaucoup moins. Est-on moins bien habillé avec un produit que l’on conserve pendant des mois ou des années ? Évidemment non.
Retrouver la qualité permet à la fois de soutenir les emplois, de protéger la planète et de préserver le pouvoir d’achat. Si on achète moins et de qualité, et qu’on garde plus longtemps, on gagne clairement de l’argent.
Concrètement, les marques historiques y parviennent-elles ?
Les acteurs historiques montrent aussi qu’une transformation est possible. Je pense à Kiabi ou à Promod. Promod a su évoluer face à une concurrence très forte et conserve une bonne santé financière. Nous pouvons donc construire de nouveaux modèles.
Pourquoi estimez-vous qu’un changement de modèle devient indispensable ?
Nous faisons face à plusieurs crises qui se cumulent.
La crise climatique a des conséquences humaines, mais aussi commerciales.
Comment vendre une collection automne-hiver lorsqu’il fait cinq à dix degrés de plus que les normales saisonnières ?
À cela s’ajoutent les tensions géopolitiques et la hausse des coûts de l’énergie, qui montrent les limites de notre modèle d’internationalisation et renforcent la nécessité d’une transition écologique.
Enfin, nous avons une crise du pouvoir d’achat et de la redistribution. Une partie des Français n’a plus les moyens de consommer ou d’épargner, tandis qu’une autre préfère épargner davantage plutôt que dépenser.
Pour un secteur comme la mode, déjà confronté à la concurrence de ces plateformes, l’accumulation de ces crises fragilise encore les entreprises. Nous devons changer de modèle pour retrouver des fondamentaux.
Le live shopping revient en force. Est-ce un atout ?
Le live shopping s’est développé très fortement en Asie. Nous en avons vu un peu en France pendant le Covid, puis cette dynamique s’est rapidement éteinte. Aujourd’hui, il revient comme une nouvelle manière de distribuer et de communiquer.
Avec le développement de Vinted et les outils d’intelligence artificielle, chacun peut atteindre plus facilement un niveau de professionnalisation qui lui permet de devenir vendeur. Le live shopping peut donc ouvrir de nouvelles possibilités à beaucoup de personnes.
Mais, comme toujours, il y a des opportunités et des dangers. Ces nouveaux canaux peuvent aussi accélérer la diffusion de produits non conformes ou dangereux, notamment avec le développement de TikTok Shop.
Il faut accompagner les Français pour qu’ils puissent saisir ces possibilités, tout en les protégeant. Les pouvoirs publics doivent intervenir sur les risques dès maintenant. Si l’on laisse de mauvaises pratiques s’installer, il sera beaucoup plus difficile de revenir en arrière ensuite.
