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Don de 1.1 milliard de dollars à l’Université de Stanford. Les milliardaires peuvent-ils résoudre la crise climatique ?

Dans un contexte de crise climatique mondiale, les entreprises doivent désormais prendre en compte les enjeux environnementaux dans leur stratégie et leur communication. Elles peuvent trouver l’inspiration avec des initiatives de financements privés. Comme le récent fonds de 1.1 milliard de dollars donné à l’Université de Stanford par l’investisseur John Doerr. C’est le plus gros dons jamais réalisé dans l’histoire de Stanford. Alors on fait le point sur ce programme et d’autres engagements financiers, bons pour l’environnement mais aussi bons pour les affaires à long terme.

Stanford et le soleil de Californie

Qui est John Doerr ?

John Doerr est spécialiste du capital risque et actuellement listé 186ème dans le classement Forbes des milliardaires de la planète (au 26 mai 2022). Sa fortune est évaluée à $10.4 milliards de dollars, loin derrière les $134.8 milliards d’un Jeff Bezos, patron d’Amazon. Sa société d’investissement, Kleiner Perkins, a d’ailleurs fait partie des  premiers investisseurs dans Amazon, DoorDash, Slack, Google et bien d’autres. C’est un des pionniers du mouvement « cleantech » de la Silicon Valley. Il investit ainsi depuis 2006 dans les technologies à zéro émissions de carbone.

Quels sont ses engagements environnementaux ?

John et son épouse Ann Doerr soutiennent, par l'intermédiaire de leur fondation, la fameuse Khan Academy (ONG caritative qui offre un enseignement gratuit) et The Climate Reality Project (une autre ONG axée sur le changement climatique, fondée par l’ancien vice-président américain Al Gore).

John Doerr a également publié un livre dédié au management de la croissance (Mesure what matters – Janvier 2018) et l’année dernière un autre ouvrage dédié à la crise climatique (Speed & Scale: An Action Plan for Solving Our Climate Crisis Now – novembre 2021). On y apprend qu’en 2006, John Doerr a été ému par le film « Une vérité qui dérange » d'Al Gore, et par un défi lancé par sa fille adolescente : "Papa, ta génération a créé ce problème. Tu ferais mieux de le résoudre". Depuis, John Doerr a cherché des solutions à ce problème existentiel, en tant qu'investisseur, défenseur et philanthrope. Une démarche qui est aussi le fruit d’un raisonnement orienté sur les résultats.

Ainsi, lors d’une intervention Tech Talk pour présenter son livre « Speed & Scale », Doerr a posé cette question fondamentale : "How much more damage do we have to endure before we realize that it's cheaper to save this planet than to ruin it?"( "Combien de dégâts supplémentaires devrons-nous endurer avant de réaliser qu'il est moins coûteux de sauver cette planète que de la ruiner ?").

Sa dernier action en date : le 4 mai 2022, l'Université de Stanford a annoncé avoir reçu de John Doerr 1,1 milliard de dollars pour financer une nouvelle école axée sur le changement climatique. (dépêche Reuters et communiqué de Stanford). D’autres généreux contributeurs participent à cette démarche pour un financement total de 1.69 milliard de dollars. La Stanford Doerr School of Sustainability (l’école Stanford Doerr de la durabilité), premier lancement d’une école par Stanford depuis 70 ans, sera inaugurée à l’automne 2022.

Le projet d’école durable de Stanford

La nouvelle école durable de Stanford est structurée autour de 8 domaines d'études qui, ensemble, sont essentiels à la prospérité à long terme de la planète : le changement climatique, les sciences de la Terre et les sciences planétaires, les technologies énergétiques, les villes durables, l'environnement naturel, la sécurité alimentaire et de l'eau, la société et le comportement humain, et la santé humaine et l'environnement.

Pour un maximum d’impact, Stanford organise son école autour de trois éléments : des départements académiques (avec 90 membres déjà présents à Stanford, et 60 postes académiques à créer sur 10 ans), des instituts interdisciplinaires et un accélérateur de solutions technologiques et politiques (qui pourra distribuer des bourses).

D’autres initiatives environnementales menées par des milliardaires

Lors de l’annonce de son don à Stanford, Doerr a déclaré que "Climate and sustainability is going to be the new computer science" (Le climat et la durabilité seront la nouvelle science informatique). En effet, il n’est pas le seul milliardaire de la tech à s’intéresser au développement durable.

Jeff Bezos fondateur d’Amazon a ainsi fait don de 433 millions de dollars à des organisations luttant contre le changement climatique. Il s’est engagé à verser 10 milliards de dollars sur 10 ans pour lutter contre le changement climatique. Le montant des dons du Bezos Earth Fund s’élève à date à 1,4 milliard de dollars. Mais Bezos est aussi sous le feu des critiques pour l’impact carbone de sa société spatiale Blue Origin. Le bilan climatique d’Amazon laisse aussi à désirer, même si l’entreprise s’est engagée à être neutre en carbone d’ici 2040. Ses détracteurs lui reprochent aussi de fournir des services informatiques à des entreprises pétrolières et gazières. (Détails dans Forbes de décembre 2021)

D’autres milliardaires s’attaquent de manière indirecte aux changements climatiques. Notamment Bill Gates avec la fondation Bill & Melinda Gates auquel il a contribué à hauteur de 36.8 milliards depuis 1994. Certaines de leurs subventions en faveur de la santé et du développement dans le monde s'attaquent directement aux problèmes que le changement climatique crée ou exacerbe. Par exemple, dans le domaine du développement agricole pour aider les petits agriculteurs qui vivent avec moins d'un dollar par jour à s'adapter à l'augmentation des sécheresses et des inondations.

Des causes sociales soutenues par un raisonnement d’affaires

Le magnat de la finance et des médias Michael Bloomberg contribue lui aussi à de nombreuses initiatives pour l’environnement. Bloomberg Philanthropies a ainsi redistribué 1.6 milliard en 2021. Ces engagements sociaux et environnementaux sont aussi des décisions d’affaires pertinentes. Pour Bloomberg et pour ses clients que le groupe conseille dans leurs investissements, puisque le risque climatique est aussi un risque financier. Mike Bloomberg préside ainsi la « Task Force on Climate-related Financial Disclosures » (TCFD), qui fournit un cadre d'information permettant aux entreprises de divulguer plus efficacement les risques et opportunités financiers liés au climat.

Les enjeux environnementaux se traduisent en effet dans les nouveaux indicateurs que doivent surveiller les entreprises. Ainsi « les émissions de dette durable ont plus que doublé en 2021, atteignant un nouveau record de 1,64 milliard de dollars. Les émissions d'obligations vertes ont doublé, atteignant plus de 620 milliards de dollars. Les prêts et obligations liés à la durabilité, instruments basés sur la performance et liés à des objectifs de durabilité, ont connu la plus forte croissance sur le marché des titres à revenu fixe ESG (Environnementaux, sociaux et de gouvernance). Ensemble, ils ont atteint plus de 530 milliards de dollars, soit quatre fois le volume offert en 2020 » (page 33 du rapport d’impact Bloomberg 2021).

Les milliardaires peuvent-ils résoudre la crise climatique ?

Certains experts pensent que la crise climatique ne devrait pas dépendre de la charité des milliardaires. D’autres approches préconisent que les gouvernements mettent en place des systèmes de taxation appropriés pour s'assurer que les milliardaires paient leur juste part. Traduction : redistribuent vraiment « fiscalement » leur bénéfices.

Mais l’interventionnisme étatique, pour ne pas dire « socialisme », est à l’opposé de la démarche libertarienne prônée par les milliardaires américains, souvent issus des milieux tech de la Silicon Valley. Ce qui ne veut pas dire que ces milliardaires tentent d’agir seuls, bien au contraire. Les initiatives comme celle de la création de la nouvelle école durable de Stanford montrent bien l’importance de la collaboration entre le monde de l’entreprise et le monde de l’éducation. Ainsi que la pertinence de croiser les expertises et les partenaires venant de différents secteurs d’activité.

Au final, c’est probablement cette démarche de collaboration cross-disciplinaire qui pourrait inspirer d’autres entreprises à financer la préservation de l’environnement. Surtout si ces choix environnementaux sont aussi des choix financièrement rentables à long terme et bons dès aujourd’hui pour la réputation de l’entreprise.

Séverine Godet

Photo de Jean Carlo Emer sur Unsplash

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