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Frédéric Mazzella (France Digitale, BlaBlaCar) : l’écosystème numérique crée de l’emploi


France Digitale Day a lieu lundi 15 septembre. Viuz est partenaire de l'événement, devenu en quelques années le grand rendez-vous de la rentrée de l'écosystème numérique.

A cette occasion, nous avons interviewé Frédéric Mazzella, co-président de France Digitale et fondateur chairman de BlaBlaCar.

Comment se présente France Digitale Day, dans ce contexte si particulier ? 

France Digitale Day est le rendez-vous de la rentrée de l’écosystème numérique, qui grandit d’année en année. En ce qui concerne les conditions sanitaires, nous avons mis en place toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité des participants, en redoublant d’effort : (1000 personnes maximum soit ¼ de la capacité normale du lieu, masques obligatoires, cabines de désinfection des vêtements à l’entrée du Musée,…)

L’événement connaît un bel engouement, et tout le monde est content qu’il ait bien lieu, alors que tant d’autres événements ont dû être annulés. 

La grande thématique cette année c’est Alternatives, avec 3 déclinaisons :

  • Alternative au métro, boulot, dodo sur la scène Talents.
  • Alternative à la toute puissance de la Silicon Valley, sur la scène Europe
  • Alternative à l’hyper-croissance sur la scène Impact

Notre rapport Les Alternatives qui a vocation à être partagé en est une des inspirations.

Qu’apporte l’écosystème numérique à la société ? 

Dans le monde post-coronavirus qui se dessine, les startups détiennent une partie de la solution pour l’emploi et la souveraineté de la France. C’est le grand message du France Digitale Day. D’ailleurs, au FDDAY, une partie de l’événement est dédié au recrutement : les 20 plus grosses startups de l’écosystème proposent plus de 700 offres d’emploi et recrutent parmi une sélection de 200 candidates et candidats présents sur place.

Il est important de rappeler que le numérique est le premier secteur créateur net d’emploi. Qui plus est, il crée des emplois durables. 94% des postes proposés en startups sont des CDI. Il s’agit  des emplois du futur. 

Les Tech Giants créent énormément d’emplois. Apple c’est 1,5 millions d’emplois indirects et 140 000 emplois directs. Quand les sociétés sont américaines, elles créent nécessairement plus d’emplois américains que français. Pour sortir de la crise et préparer la France d’après,  il faut soutenir notre écosystème numérique et son développement, et notamment les startups, qui deviennent des scale-ups. Elles ont des dizaines voire des centaines de milliers d’emplois à créer.

Numérique, startups, scale-ups : la France a-t-elle rattrapé son retard ? 

La France est remontée de 4 places, de la 16ème à 12ème, dans l’index des nations innovantes. Ce n’est pas encore satisfaisant, mais la France progresse, va dans le bon sens.

En ce qui concerne l’écosystème numérique, la France compte aujourd’hui une dizaine de licornes, soit 2,5% des licornes dans le monde et ce n’est pas à la hauteur de la sixième puissance mondiale. Ne nous voilons pas la face, nous sommes en retard.

Mais nous disposons d’atouts : et d’abord notre système d’éducation. Certes il conviendrait de le moderniser, notamment en ce qui concerne l’accès au savoir(edtech,  formations à distance) et l’apprentissage des savoirs numériques.

 Il y a aujourd’hui une langue universelle, toute la planète la parle : le code. Il doit être appris au même titre que l’anglais et les autres langues étrangères, dès le collège. 

Le plan de relance prévoit 300 millions d’euros pour la formation aux métiers du numérique. Il faudra observer comment l’investissement se traduit dans les collèges et lycées car bien évidemment plus l’apprentissage commence tôt plus il a un impact sur l’orientation des jeunes.

Le plan de relance va-t-il dans le bon sens ? 

Face à la valorisation des GAFA qui se chiffre au global à plus de 5 000 milliards de dollars, la question de l’échelle se pose nécessairement. Le montant de 7 milliards d’euros que le plan de relance consacre au numérique va dans le bon sens. D’autant qu’un pays doit tenir compte de tout :  si le numérique bénéficie directement d’un investissement de 7 milliards d’euros, il bénéficie en réalité indirectement d’autres investissements. 2 milliards sont notamment consacrés à la numérisation de la santé et d’autres secteurs.

Question d’échelle… quels leviers pour les acteurs français et européens face aux géants de la tech  ? 

C’est un grand sujet, qui ne concerne pas seulement la capacité des acteurs français et européens à créer de la valeur économique. Il concerne également notre souveraineté. Il n’y a pas de souveraineté sans technologie. Plus nous prenons de retard en la matière, moins nous nous donnons les moyens d’être souverain, c’est-à-dire indépendant et libre dans le futur.

De fait, dans le domaine des commandes publiques, nous jouons le jeu de la concurrence ouverte. Les Américains de leur côté ont mis en place le Buy American Act : concrètement, sur les 200 plus grosses sociétés qui ont reçu des commandes publiques aux US en 2019, 90% sont américaines. En Chine le résultat est le même, avec d’autres moyens : les barrières administratives sont telles qu’il est pratiquement impossible pour des sociétés étrangères de vendre leurs solutions. Nous sommes innocents face au jeu mondial du numérique ! C’est pourquoi nous préconisons, y compris dans la plan de relance, que les commandes publiques soient fléchées vers des solutions françaises ou européennes. Il faudrait éviter que les investissements prévus dans le plan de relance partent vers des sociétés américaines, ce serait contre-productif. 

Si les Américains n’achètent pas de solutions européennes, si les Chinois n’achètent pas de solutions européennes, si les Européens n’achètent pas non plus de solutions européennes, il n’y aura pas de tissu de sociétés technologiques européennes susceptibles de se développer à hauteur des autres puissances du monde. 

Comment se porte BlaBlaCar ? 

BlaBlaCar va beaucoup mieux que ce que nous avions anticipé. Cet été, nous avons constaté 120% de volumes de demandes comparé à l’été de l’année dernière. En termes de réservations effectives, cela a été quasiment identique. 

Deux raisons explique ces chiffres :

  • la communauté est très forte. L’entraide est appréciée et nécessaire en période de crise, et BlaBlaCar représente ce “service que l’on se rend entre particuliers”. 
  • le covoiturage minimise le nombre de contacts lors des déplacements, notamment comparé au nombre de contacts dans une gare ou dans les transports en commun. C’est un excellent moyen de se déplacer sans déplacer le virus. 

Etes-vous toujours en télétravail ? 

Aujourd’hui chez BlaBlaCar, nous sommes encore en grande partie en télétravail. Nous faisons en sorte que les équipes puissent se voir en physique de temps en temps mais nous avons tout de même conservé un taux fort de télétravail en cette rentrée. 

Parmi les collaborateurs, il y a plusieurs types de comportement : ceux qui adorent travailler à distance, ceux qui n’en peuvent plus et souhaitent revoir leurs collègues au bureau et se donner un nouvel élan. Nous avons donc fait en sorte de nous adapter au mieux par rapport à cette situation. Nous étions déjà adeptes du télétravail chez BlaBlaCar, c’est désormais beaucoup plus standardisé. La crise nous a tous appris à bien travailler, ensemble.

D’entrepreneur à entrepreneur : quel conseil pour devenir une licorne ?

Il faut  penser à la culture. Nous le voyons bien chez BlaBlaCar :  elle permet une résilience très forte. Notre niveau de NPS employé (Net Promoter Score) n’a, par exemple, pas baissé pendant le confinement. Il faut construire une culture sur des principes très forts, nous en avons collectivement établi 6 très précisément (Fun & Serious, Share Mode Learn More, Be Lean Go Far, Be The Member, Dream Decide Deliver et Fail Learn Succeed), qui nous aident à conserver une ambiance constructive et un fort sentiment d’appartenance et d’entraide pendant une période comme celle que nous traversons. 

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